Il existe un type spécifique de trahison réservé lorsque vous donnez un miroir à un ami et qu’il le brise par terre pendant que vous le regardez encore.
Natalie Portman serait furieuse.
Elle aurait permis à son amie, la romancière Rachel Cusk, d’utiliser la propre vie de Portman comme point de départ pour la nouvelle œuvre de fiction de Cusk. Le livre ? Vie de M. Il arrive le 25 août. Le principe ? Une star de cinéma qui se sent comme un fantôme dans sa propre réalité.
Il ne s’agit pas seulement de ragots provenant d’un tabloïd marginal. Valerie Stivers, rédactrice chez Unherd, a exposé cette dynamique désordonnée dans une chronique qui circule dans les cercles littéraires new-yorkais à une vitesse alarmante. Le consensus ? Portman a fait une erreur.
Une faveur littéraire à gros enjeux
Portman, 45 ans, admire Cusk depuis longtemps. Nous parlons d’une profonde admiration. En 2022, Portman a sélectionné la Deuxième place de Cusk pour son Nat’s Book Club. Elle récidive en 2024 pour Parade. Sur Instagram, elle a qualifié Cusk de « éternellement impressionnée », louant sa capacité à perturber les formes de narration traditionnelles.
Vous ne donnez pas ce genre de plateforme à quelqu’un en qui vous n’avez pas confiance. C’est du moins ce que dit la logique.
Puis vint Vie de M.
Le synopsis, tiré directement de Macmillan Publishers, décrit la protagoniste M comme un visage si reconnaissable qu’elle a cessé d’être une personne. Les gens lui obéissent. Les espaces se plient pour elle. Elle promène ses chiens comme tout le monde, mais les lois de la réalité semblent s’effacer autour d’elle.
“Il est difficile de ne pas se sentir laid à côté de “M”, difficile de ne pas se sentir insignifiant. Mais quelle vérité… sur l’expérience même de la vie cette proximité pourrait-elle permettre à l’écrivain de capter ?”
Relisez cette dernière ligne. Cela ressemble à une déclaration d’auteur. Cela se lit comme des excuses. Ou un avertissement.
L’avertissement qui a été ignoré
Stivers soutient que quiconque comprend vraiment le modus operandi de Rachel Cusk ne la laisserait jamais écrire à leur sujet.
“Personne sensée… ne lui permettrait d’écrire sur elle”, écrit Stivers. Pas quand on a une image publique à protéger. Pas quand vous accordez de l’importance à votre propre conservation.
“Un livre de Cusk sur toi ne sera jamais flatteur.”
Pourquoi? Parce que le travail de Cusk exploite les vérités gênantes, laides et inconfortables de la proximité. Si vous êtes le sujet, vous devenez un repoussoir pour la crise existentielle de l’écrivain. Vous êtes la lumière vive qui fait que le narrateur se sent insignifiant. Vous êtes la toile.
Dans Life of M, un écrivain se rapproche de M. Ils veulent comprendre qui elle est vraiment. Ils trouvent que M est intouchable. Ils se sentent petits. Ils l’écrivent.
Stivers affirme que les parallèles biographiques dans le texte sont flagrants. M vit dans une ville européenne sans nom. Portman aussi (Paris, depuis 2014). Cusk y vit également (depuis 2022). Les observations du narrateur refléteraient le mécontentement et le sentiment de trahison de Portman de voir sa vie transformée en fiction.
Est-ce réel ? Ou s’agit-il simplement d’une bonne fiction basée sur une véritable amitié ? Ni Cusk ni Portman n’ont commenté. Le silence est fort, cependant.
L’Ombre Léon
Il y a des détails dans Life of M qui nous touchent inconfortablement en ce qui concerne le début de la carrière de Portman.
Le synopsis mentionne que le premier scénario du film de M contenait des scènes dans lesquelles l’enfant protagoniste semblait inviter à une interaction sexuelle avec le protagoniste masculin. Ces scènes ont été coupées après que la mère de l’enfant s’y soit opposée.
Pensez-y.
Portman est devenu célèbre dans le monde entier dans Léon : Le Professionnel de Luc Besson. Elle avait 11 et 12 ans. Elle jouait le rôle d’une fille qui noue un lien complexe et inconfortable avec un tueur à gages adulte joué par Jean Reno. Le film a sexualisé sa jeunesse d’une manière qui hante depuis lors sa carrière.
Portman a publiquement évoqué sa peur d’être sexualisée lorsqu’elle était enfant à cause de ce rôle. Elle a parlé de l’inconfort, de la violation, de la façon dont l’industrie traitait une fille prépubère comme un accessoire pour adulte.
Maintenant, l’homologue fictif de Cusk, M, traverse quelque chose d’étrangement similaire dans son histoire d’origine. Un enfant acteur. Un script avec un contenu inapproprié. L’objection d’une mère. Une scène coupée.
Cusk a-t-il mal lu la pièce ? Portman a-t-elle remis les clés d’une maison dont elle ne savait pas qu’elle était en train d’être rénovée pour en faire un musée maladroit ?
Les retombées
Le livre sort fin août. Les rumeurs s’intensifient déjà. Stivers dit que les dernières pages décrivent le « mécontentement » de l’actrice, le décrivant comme « fidèle à la réalité ».
Il nous reste le portrait de deux femmes parisiennes, séparées par la renommée, liées par l’amitié et divisées par l’acte d’écrire lui-même. On observe. On est observé. L’observateur écrit. Les brûlures observées.
Cela soulève une question que nous ignorons habituellement dans notre amour de la générosité littéraire : que devons-nous à nos amis lorsque leur art exige leur sacrifice ?
Portman voulait soutenir Cusk. Cusk a fait un livre. Le résultat est un miroir qui ne reflète pas qui est Portman, mais qui elle semble être de l’extérieur : intouchable, artificielle et complètement seule dans la foule.
Le livre sera bientôt disponible dans les rayons. Voyons si la réflexion tient.




























