Le silence des influenceurs sur ICE alimente la colère : une explication des raisons

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L’indignation actuelle dirigée contre les influenceurs des médias sociaux pour avoir gardé le silence sur les abus de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) des États-Unis révèle une dynamique plus profonde en jeu : l’érosion de la confiance lorsque les obligations morales perçues ne sont pas respectées. De nombreux adeptes se sentent trahis lorsque les créateurs qui profitent de leur engagement évitent de s’attaquer à l’injustice systémique, en particulier à la violence et aux traitements inhumains perpétrés par ICE. Il ne s’agit pas seulement de politique ; il s’agit du contrat implicite entre les créateurs et leur public.

L’illusion parasociale et l’abandon relationnel

Les psychologues expliquent que le public développe des attachements parasociaux envers les influenceurs : des relations unilatérales dans lesquelles les fans ressentent un sentiment de connexion et de confiance. Lorsque ces personnages se retirent soudainement dans le silence lors de moments de préjudice généralisé, cela est vécu comme un abandon relationnel. Les adeptes qui comptent sur ces personnalités pour leur validation ou leurs conseils se sentent déçus lorsqu’ils ne parviennent pas à prendre position, surtout compte tenu de leur engagement fréquent sur des sujets moins critiques.

Le silence comme alignement implicite

Rester neutre n’est pas neutre ; cela peut être interprété comme un soutien tacite au statu quo. Dans un contexte où ICE fait face à des accusations d’abus systémiques, le silence implique l’accord. Cela est particulièrement frustrant lorsque les influenceurs sollicitent régulièrement le soutien de leur public (demandant des likes, des partages et des achats) mais refusent de leur rendre la pareille par un plaidoyer moral.

« La neutralité est un privilège que l’on peut s’offrir quand on ne court aucun risque. »

Cette disparité met en évidence un déséquilibre des pouvoirs : les influenceurs profitent de leurs communautés mais peuvent hésiter à risquer leurs propres plateformes en adoptant des positions controversées.

L’érosion de l’authenticité

Le public attend désormais de la transparence. Les influenceurs partagent souvent des détails intimes de leur vie : relations, routines et même luttes personnelles. Lorsque cette ouverture disparaît en temps de crise, elle soulève des questions sur l’authenticité. Les adeptes qui faisaient auparavant confiance à ces créateurs peuvent commencer à douter de leurs valeurs et de leurs motivations.

Au-delà des cas individuels : disparités systémiques

La colère ne se limite pas aux incidents récents. De nombreux observateurs soulignent que l’indignation suscitée par les abus de l’ICE éclipse souvent la violence systémique contre les communautés marginalisées, en particulier les personnes noires et brunes, qui dure depuis des années. Cette attention soudaine semble hypocrite aux yeux de ceux qui sont depuis longtemps témoins d’une brutalité incontrôlée. L’accent mis récemment sur des cas spécifiques, bien qu’important, risque d’éclipser le schéma plus large de l’injustice.

Le marché de l’échange : réciprocité et responsabilité

Les influenceurs opèrent dans une économie d’échange : ils exploitent leurs plateformes pour réaliser des profits, en s’appuyant sur l’engagement du public. Cela crée une obligation implicite d’utiliser leur influence de manière responsable. Exiger une action ne consiste pas simplement à imposer des opinions, mais à reconnaître que le pouvoir s’accompagne de responsabilité.

« Si vous demandez aux gens de donner du temps, de l’attention, de l’argent, de l’énergie… cette voix peut être exigée de vous pour soutenir les personnes qui vous ont amené là où vous êtes. »

En fin de compte, le silence des influenceurs reflète une incapacité plus large à reconnaître les dommages systémiques. L’indignation est une conséquence directe d’attentes non satisfaites : le public n’accepte plus un engagement superficiel lorsque les conséquences du monde réel exigent une action.